Il doit faire bon, ces jours-ci, sur le dos d’un cheval …
Depuis quelques temps, j’ai l’impression d’avoir perdu une partie de moi. Une impression qui est remontée petit à petit en surface, jusqu’à devenir obsédante. Je crois que c’est depuis la fin de LPE.
Depuis que j’ai 8 ans, les chevaux ont fait partie intégrante de ma vie, m’ont portée, m’ont apportée une force que rien n’a jamais égalé. J’ai été une très mauvaise cavalière, mais j’ai réussi malgré tout à avoir un niveau correct. J’ai fait beaucoup de stages à Chevillon, mon paradis sur terre, et j’ai monté 2 ans d’affilée aux Bergeries. Je me suis fait de grosses frayeurs ! Il faut dire que je n’ai pas un don naturel à cheval … Loin de là !! Mais j’ai aussi connu les plus intenses des joies de toute ma vie. Ensuite, j’ai arrêté de monter aux Bergeries pour cause de dégoût (une histoire que la plupart connaissent avec des Gamette ;) !). En fait, internet a très souvent été mon unique lien au monde du cheval : d’abord les premiers pas à ChevalMag.com, puis Fleurarizo, puis les autres sites qui ont suivi et bien sûr, La Plume Equestre. Maintenant, je suis coupée de ce monde de toutes parts.
Je ressens le monde du cheval comme une gigantesque bulle. Les gens à l’extérieur de cette bulle ne se rendent pas compte de ce qui se passe à l’intérieur. Ils se sont fait une idée de ce qu’il y avait dedans – une idée tellement éloignée de la réalité ! Et ceux qui sont à l’intérieur sont tous liés par cette intime conviction qu’ils partagent un secret que les autres ne connaîtront jamais ; une conviction qui fait sourire, qui donne l’impression d’exister à part entière. Cette fièvre du cheval nous unit. Et moi, je me sens comme projetée hors de la bulle. Plaquée contre la paroi, je regarde avec une terrible jalousie et une folle envie ce qui se passe à l’intérieur. La paroi, je la touche du bout des doigts. Elle est faite de journaux, de pages de romans, de guides théoriques … Elle est froide mais brûlante. Et je me rappelle, je me rappelle … Ces sensations merveilleuses, enivrantes.
Je lis Cavalier seul de J. Garcin, et je trouve une citation de Gide parfaite :
« Je rentrais ivre d’air, étourdi de vitesse, les membres engourdis un peu d’une voluptueuse lassitude, l’esprit plein de santé, d’appétit, de fraîcheur ». La sensation si commune aux cavaliers qu’elle nous parle à tous ! Lors des heures où tout roule, où tout se déroule comme on le souhaite, on trouve sur le dos d’un cheval une joie magnifique, et lorsqu’on redescend, on se sent vivant. La tête nous tourne. Dans ces moments-là, j’avais sur les mains, sur le corps, l’odeur du plus bel animal qui puisse exister, et je savais que je ne trouverais jamais de meilleure place que celle-ci. De plus parfait instant que celui-ci. Ces souvenirs sont si intenses qu’ils pourraient tout aussi bien dater d’il y a 5 minutes !
Je voudrais retrouver ces moments. Le simple galop d’un cheval. L’odeur des écuries. Ces baisers si tendres sur leurs jolis nez ! L’épuisement délicieux d’un après-séance. L’écoeurement face au traitement des chevaux dans certains clubs m’en a tenu éloigné, mais je crois qu’il est peut-être temps d’aller voir ce qui s’y passe aujourd’hui. Qui sait, peut-être que je n’aboutirais à rien, que je ne trouverais pas ce que je cherche, mais il y a un si grand vide à combler. Je ne veux plus être une spectatrice, c’est trop douloureux. Cette bulle m'écorche le coeur.
« Je n’ai jamais cru en Dieu qu’à cheval » (C. De Rivoyre)
Comme il doit faire bon, ces jours-ci, sur le dos d’un cheval.